Par Poupoul2, le 07/10/2008 à 00:40.
Je réécoutais ce soir un monument de la disco pop, Thank You For The Music (Ceux qui connaissent auront reconnu
). Et je me suis posé une question simple : Qu'est ce qui nous fait courir ? Question simple, réponse multiple. Pourquoi passons nous du temps sur les forums ou dans les wikis ? Qu'est ce qui motive un modérateur, un administrateur de site web sur le libre ? Est ce qu'un administrateur d'un forum sur Windows a les mêmes motivations que Yann, .Ju, Huats ou Xabilon (Désolé pour ceux que je n'ai pas cité) ? Qu'est ce qui pousse un développeur à prendre sur son temps personnel pour développer un logiciel que n'importe qui va pouvoir modifier, rediffuser ? Ce développeur a peut être l'idée du siècle. Pourquoi ne la vend-il pas pour s'enrichir ? Qu'est ce qui a poussé les admins et l'équipe d'Ubuntu-fr à migrer les sites vers de nouvelles machines, à basculer l'ensemble sous Drupal et à ainsi oublier qu'ils étaient en vacances ?
En guise de proposition de réponse, serait ce de l'abnégation ? Sommes nous tous altruistes au point de parfois nous oublier ou oublier les nôtres ? Il y a sans doute de ça dans les actions associatives ou communautaires telles que l'April ou la Quadrature du Net. On définit l'altruisme comme un sentiment d'amour instinctif pour l'autre, mais aussi comme une disposition à s'occuper des autres, à s'y intéresser. C'est assez différent de l'abnégation, qui est beaucoup plus exclusive, en induisant le renoncement. Or, nous ne renonçons pas à nos vies, nous ne donnons pas d'exclusivité au logiciel libre. Nous avons tous une vie sociale, professionnelle, étudiante, religieuse pour certains. Nous avons d'autres intérêts : j'adore personnellement faire la cuisine et inviter mes amis à jouer les cobayes, lire des histoires à mes enfants ou jouer à la console avec eux. Au mieux, nous construisons partiellement nos vies autour de nos actions, non pas parce que ces actions font de nous ce que nous sommes, mais bien parce que ce que nous sommes nous invite à mener ces actions envers les autres. Il y a donc de l'altruisme.
Qu'en est il de forums ou sites dont le sujet n'est pas le logiciel libre, la défense des libertés individuelles ? Sont ils moins engageants pour leurs acteurs ? Ceux qui les fréquentent sont comme vous et moi. Ils posent des questions, obtiennent des réponses, dialoguent, trollent. Mais la démarche est moins aboutie. Une simple recherche sur les wikis le confirme : Si vous associez wiki et Ubuntu/fedora/Mandriva dans votre moteur de recherche favori, il vous proposera immanquablement en première réponse les documentations communautaires de ces distributions; Faites maintenant la même expérience avec MacOs/Windows, les réponses proposées vous renvoient vers des sites communautaires tels que Wikipédia qui vous proposeront nombre d'explications sur ce que sont Mac Os ou Windows, mais pas vers des wiki communautaires documentant le fonctionnement ou l'intérêt de ces logiciels. Remplacez maintenant le terme wiki par celui plus commun de documentation : Les réponses proposées vous emmènent cette fois vers des sites documentaires, assez éloignés de la vision communautaire des wiki d'Ubuntu, Fedora, Mandriva ou autre Gentoo. Or les sites de documentation communautaire ont une dimension que n'ont pas les sites non communautaires : Ils noient le contributeur dans sa communauté, et celui-ci l'accepte de son plein gré. Il s'agit donc bien dans ce cas d'un renoncement. Il y a aussi l'abnégation.
Un membre de la communauté du logiciel libre serait donc à la fois altruiste et prêt au renoncement. Ca ne répond cependant entièrement à la question que je me suis posé. Qu'est ce qui nous fait courir ? La reconnaissance peut aussi être une réponse. Il y a du plaisir à lire un "Merci" dans un forum, lorsque vous avez aidé l'autre (au sens strict, c'est à dire celui qui n'est pas vous) à résoudre son problème. Il y a aussi du plaisir à lire que telle application est vraiment bien alors que vous avez apporté de l'eau au moulin par votre contribution, quelle qu'elle soit. Il y a du plaisir à penser que ce vous faites dans votre engagement pour les libertés est reconnu. Si on prend comme hypothèse que cette forme de reconnaissance est proche de la reconnaissance culturelle développée par Axel Honneth, on y trouve aussi l'estime de soi : "Le vecteur par lequel transite la reconnaissance culturelle est le travail social considéré comme la prestation ou la contribution qu’apportent les différents sujets qui la composent à la communauté éthique des valeurs. L’ « estime de soi » résulte alors de la reconnaissance accordée à celles et ceux qui façonnent la société." C'est particulièrement vérifiable lorsqu'on voit poindre à l'horizon un post volontairement trollesque sur les soit-disants vertus de logiciels non libres, comparés à leurs équivalents libres. Ce déni de reconnaissance débouche immanquablement sur une lutte acharnée pour la reconnaissance. Indiscutablement, il y a du plaisir dans la reconnaissance.
Des réponses seraient donc : Le plaisir, la reconnaissance, l'altruisme, l'abnégation, la valorisation. J'ai aussi pris du plaisir à écouter la vieillerie titre de ce billet et à en faire une source d'inspiration pour ce billet. J'ai par avance de la reconnaissance pour les quelques lecteurs qui auront pris la peine de lire ce billet jusqu'au bout. Je me sens valorisé par les quelques commentaires que certains laisseront. J'ai fait preuve d'abnégation en renonçant à une partie de ma nuit pour rédiger ce billet. En fait, Thank You For The Music pourrait dans ce cas se traduire par "Merci pour Tout". Où l'on débouche sur l'appartenance (mais c'est une autre histoire)
Et vous qu'est ce qui vous fait courir ?